Théâtre : extrait de 'la robe rouge'

Angèle : Ouah ! Je m’y retrouve. Il n’y a pas si longtemps que ça, j’ai réglé un problème comme
si c’était évident ! J’étais calme et sûre de moi… Je me suis épatée moi-même.
Andréa : Bravo, Angèle, la confiance en soi, c’est le summum du bien-être !
Angèle : oui, trois fois oui.
Daniel : Angèle, elle est magnifique ta robe !
Mathilde : Maman?
Andréa, qui réagit enfin : Oui, Bonjour, ma Mathilde !
Comment va Arthur, mon petit bout de chou ?
Mathilde : Bien, il touche à tout, un vrai petit explorateur …
Andréa à Daniel : Mon trésor, tu ne remarques rien en regardant Angèle ?
Daniel : Non, pourquoi cette question, ma douce ?
Mathilde, s’approchant d’Angèle, (à voix basse : Mais…, je la connais, cette robe !
Elle est à maman… (Avec une voix normale) Angèle, t’es canon !
Angèle : Merci, Mathilde. Ça fait super plaisir de te voir !
Daniel (très factuel) : Visiblement, il faudrait que je me souvienne…
Fais-voir, Angèle, s’il te plaît.
Mathilde : Maman, pourquoi tu poses une question pareille à Daniel ? Tu sais très bien que les
hommes ne remarquent pas du tout ce genre de choses ! Nous pouvons donc parler-là d’une
défaillance de la gente masculine…
Daniel : Une défaillance de la gente masculine ! Et toi, représentante de la gente féminine,
tu crois que tu saurais me conduire sans « GPS » à la Concorde ?
Mathilde : Oups, quinze partout, papa-beau !
Andréa poursuivant son idée : Eh bien, Daniel, qu’en dis-tu ?
Daniel : Je sais ! Angèle a déjà porté cette robe !
Andréa : Non, ce n’est pas ça.
Daniel : Alors, raison de plus pour l’admirer dedans !
Mathilde : Tu t’enfonces… Je vais aux toilettes, tâche d’avoir trouvé à mon retour.
Andréa, un peu plus contrariée : Fais un effort quand même, Daniel, voyons !
Daniel : Je ne sais pas, moi… Je trouve qu’elle lui va très bien, cette robe, ça me suffit !
Andréa : Vraiment, tu exagères ! Tu ne te souviens jamais de rien…
Daniel : Quoi ? Il lui manque un bouton ? Y a une grosse tache ?
Elle ne lui va pas cette robe, à Angèle ?
Andréa : Bien sûr que si, elle lui va ! Là n’est pas la question. Mais elle vient d’où, cette robe ?
C’est impossible ! Silence Tu devrais pourtant te souvenir…
Angèle : Ne te rends pas malade pour ça !
Andréa, énervée : Il ne m’a jamais fait de compliment quand j’ai porté cette robe…
Tu comprends ? Jamais ! Et voilà qu’il te voit et qu’il te… Silence
Angèle, toute ennuyée : Je suis si désolée… Silence
Andréa : Mais non, Angèle, c’est moi qui suis désolée. C’est ridicule. Mais où je m’embarque,
hein ? Ah, jalousie, quand tu pointes ton nez, c’est pas bon ! Comme je perds mes moyens !
Je n’en crois pas mes oreilles…
Attends, je suis où, là ? Pince-moi ! Elle prend une respiration pour retrouver son calme

Tu vois cette situation ? Eh bien avant, je ne m’en serais jamais remise, jamais ! J’aurais dit que
c’était ta faute ou celle de Daniel. Aujourd’hui, je sais que j’ai tort. Je ne veux plus exiger de mon
mari qu’il me complimente chaque fois que je porte une nouvelle robe. Et puis, il a le droit de ne
pas l’aimer sur moi ou de la préférer sur toi.
Oh là là, que c’est difficile de regarder la vérité en face ! Aide-moi…
Angèle: Mais… Tu dis adieu à ton orgueil, ma chérie ! Bravo !
Angèle : Ça va aller ?
Andréa : Oui. Heureusement, tu es là.
Mathilde qui revient : Alors, vous êtes toujours coincés sur la question ?
Daniel : Exactement. Ça coince comme les W-C qui se bouchent. C’est normal, il y a une grosse
tension dans l’air ! Il va falloir l’évacuer.
Mathilde : Je vole à ton secours, sans quoi on va y passer la nuit : en fait, la robe qu’Angèle
porte est à maman !
Daniel : Tout ça pour ça ! Franchement…
Andréa : À l’époque où je l’ai achetée, tu avais horreur du rouge. Je l’ai découvert à cette
occasion, tu te souviens ?
Daniel : Cesse avec tes souvenirs. Comment veux-tu que je me souvienne de quelque chose que
je n’aime pas ? Tu exagères !
Andréa : De toute façon, avec ta mémoire de poisson rouge, je ne crains pas grand-chose.
Ceci dit, il s'agissait d’une circonstance un peu particulière, c’était les trois ans de notre
rencontre. Silence : Au fait, depuis quand tu aimes le rouge ?
Daniel : Andréa, Tu me fais chier !
Andréa : Ça tombe bien, va aux toilettes, elles sont libres !
Vas-y. Va évacuer ta colère. Tu en as besoin…
Daniel : Il n’y a pas que ma colère, il y aussi ton insolence qui me tombe dessus.
Andréa : Silence Et alors, c’est justement mon arme contre ta colère… Tu le sais bien, non ?
En tout cas, ce n’est pas une raison pour me balancer des gros mots ! Je te l’ai déjà dit… Silence
Ça m’agresse.
Daniel : Tu as raison, mais tu es fatigante. Je n’aime pas le rouge, ceci dit, il va très bien à
Angèle. Qu’est-ce qu’il te faut de plus ? Silence
Daniel : Pardonne-moi, ma douce.
Mathilde : Eh bien, quelle histoire pour une robe, maman !
Andréa : C’est vrai, ma chérie. Tout ceci est ridicule !
Au fait, Cassandre veut absolument te parler, d’ailleurs, elle ne va pas tarder.
Mathilde : Ah, cool ! Elle va voir Daniel : Allez, mon papa-beau, tu connais maman…, c’est une
sentimentale, c’est tout !
Daniel : Andréa, j’ai fait un point, je voudrais t’en parler. Silence C’est à cause de ma mémoire
de poisson rouge que je n’aime pas le rouge. Toi, je te préfère en bleu, voilà tout !
Andréa : Et moi, quand la jalousie me taraude et que les souvenirs s’en mêlent, je perds mes
moyens. Pourtant, il n’y a aucune raison, aucune. Angèle est mon amie.
Daniel : Angèle est ton amie, oui. Et elle est jolie, tout comme toi. Ça s’arrête là. Silence
Andréa : Attends, et la chasse d’eau, elle en est où ?

' Ta bouche est une nourriture à savourer les mots '

                   © Ariane Angeloglou

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